Le paquebot France : grandeur et décadence

Publié le par bout de chou

Le France a eu une vie plutôt agitée. De sa construction aux Chantiers de l'Atlantique de Saint-Nazaire à partir de 1957, à son démantèlement en Inde en 2009, revivez les heures de gloire et les moments tragiques du paquebot transatlantique.

Le 7 octobre 1957, les premières tôles du France sont posées aux Chantiers de Saint-Nazaire, sur la cale de Penhoët où a été façonné, 26 ans plus tôt, le mythique Normandie. En janvier 1958, la quille du bateau prend place dans la cale. En novembre 1959, les derniers blocs sont assemblés et la coque achevée. Le paquebot possède alors la forme qu'on lui connaît...

Plus de 8 000 ouvriers ont participé à la construction du paquebot à Saint-Nazaire. Après la peinture de la coque en mars 1960 puis la pose du mât-radar, le France est fin prêt à être lancé. Sur cette photo, le bateau sort du chenal pour des essais en pleine mer.

Le mercredi 11 mai 1960, devant des milliers de spectateurs, la marraine du France, Yvonne de Gaulle, coupe le ruban qui retient la bouteille de champagne. Le France est baptisé. A 16h15, le bateau glisse sur les rampes de bois pour rejoindre la mer et le bassin de Penhoët, quelques mètres plus loin. Le Général de Gaulle prononce un vibrant discours : "Et maintenant, que France s'achève et s'en aille vers l'océan pour y voguer et servir ! Vive le France, vive la France !"

Les finitions (installation du gouvernail, des hélices, des installations électriques, de la ventilation...) se font à Saint-Nazaire durant l'année 1961. Le 19 novembre, à 14 h, le France quitte le port ligérien pour Le Havre, son port d'attache. Il arrive en Normandie 4 jours plus tard.

Le France a été construit pour assurer la liaison Le Havre-Southampton-New York, exploitée par la Compagnie Générale Transatlantique. Pionnier d'une nouvelle génération de paquebots, il comportait un certain nombre d'innovations techniques : chaudières à haute pression occasionnant une économie de carburant, structures en alliage léger d'aluminium permettant une plus grande vitesse, ailerons stabilisateurs de roulis, cabines avec air conditionné...

Le 11 janvier 1962, le France est inauguré en présence du Premier ministre Michel Debré. Une semaine plus tard, le plus long paquebot du monde s'élance pour sa croisière inaugurale (photo) avec 1 705 passagers à bord, dont Yvonne de Gaulle et Tino Rossi. Direction Santa Cruz de Ténérife aux Canaries, où le France fait escale le 22 janvier. Après une autre pause à Southampton, la croisière prend fin au Havre le 27 janvier.

La première traversée transatlantique entre Le Havre et New York commence le 3 février 1962 avec plus de 1 800 passagers à bord. Dans la ville normande, des milliers de curieux sont venus assister au départ du géant des mers vers l'Amérique. Après cinq jours de mer, le France arrive à New York. Il est accueilli par une nuée de remorqueurs, de bateaux-pompes, d'embarcations privées, d'hélicoptères... Là aussi, des milliers de personnes se sont massées le long de la rivière Hudson pour accompagner le France jusqu'au quai 88.

S'il est principalement exploité pour la liaison entre Le Havre et New York, le France réalise aussi chaque année plusieurs croisières en Europe et dans les Caraïbes. Deux tours du monde seront aussi effectués à bord du France : un en 1972 et un en 1974 (les deux seuls jamais organisés par la Compagnie Générale Transatlantique). Entre 1962 et 1974, le France aura traversé l'Atlantique à 377 reprises, réalisé 93 croisières et transporté près de 600 000 passagers.

A l'époque, le France était l'un des paquebots les plus fastes du monde. Luxueusement meublé, il a été décoré par plusieurs peintres de l'Ecole de Paris et notamment par Louis Vuillermoz. Les personnalités les plus en vue du monde de la politique, des affaires, de la finance, des lettres, des arts et des sports ont pris place à son bord. Sur le paquebot, plus de 1 000 personnes étaient au service des passagers (40 pour l'état-major, 220 au service "pont et machines" et 750 pour le personnel civil). Photo : le musée Escal'Atlantic, à Saint-Nazaire, reproduit l'ambiance et le décor des grands paquebots. Ici le pont couvert du France.

Les croisières transatlantiques ont vécu leur âge d'or dans les années 50-60. Mais en 1974, l'avion concurrence de plus en plus la voie des mers. La dévaluation du dollar, la hausse des prix du pétrole après 1973 et le désengagement de l'Etat français compliquent la situation financière de la Compagnie Générale Transatlantique.

En 1974, le gouvernement annonce qu'il cesse de combler les pertes financières de la Compagnie Générale Transatlantique. Celle-ci décide de désarmer le France pour le 25 octobre. Un élan populaire se produit alors pour sauver le paquebot : création de comités de soutien, lancement de pétitions, manifestations... se multiplient dans l'Hexagone. Une mutinerie s'organise même à bord du France. Finalement, le 19 décembre 1974, le bateau est remorqué dans la zone industrielle du Havre, près des complexes pétrochimiques. Il restera amarré au "quai de la honte" ou "quai de l'oubli" pendant 4 longues années !

En 1979, le France est finalement racheté par l'armateur norvégien Knut Ulstein Kolster, propriétaire de la Norwegian Carribean Line. Il rebaptise le bateau "Norway". Contrairement à leurs attentes, les chantiers du Havre ne remportent pas le contrat de transformation du paquebot. Alors que le départ de l'ex-France pour Bremerhaven est prévu le 15 août 1979, les Havrais manifestent ce jour-là, bloquant l'écluse où se trouve l'un des remorqueurs. Des CRS sont dépêchés sur place (photo) pour ramener le calme.

Finalement, le Norway quitte le port normand le 18 août 1979. C'est la tristesse qui domine parmi les spectateurs. Le départ est marqué par un silence de plomb. Les remorqueurs ne répondent même pas aux trois coups de sirène traditionnels tirés par le paquebot...

C'est donc sous le nom de "Norway" que le France va vivre sa deuxième vie. Le paquebot va subir un lifting qui durera 7 mois, dans les cales de Bremerhaven en Allemagne. Seuls quelques cabines, la bibliothèque, la salle de jeux des enfants, le salon de coiffure ainsi que le restaurant "Versailles" sont conservés et trahissent l'ex-France.

A l'extérieur, le Norway est repeint en bleu. Les cheminées perdent leur rouge et noir caractéristique. En 1980, il quitte les chantiers allemands pour rejoindre son nouveau port d'attache : Miami.

Durant ses premières années, le Norway va essentiellement effectuer des croisières d'une semaine dans les Caraïbes. Près de 1 900 passagers peuvent alors monter à bord et 790 membres d'équipage sont à leur service.

Le Norway fera des réapparitions en France à plusieurs reprises (à l'image, à Marseille en 1998). La plus marquante de ses étapes hexagonales aura lieu le 10 septembre 1996, lorsque Le Havre aura le plaisir de revoir "son" bateau après 17 ans d'absence.

Le "début de la fin" commence le 25 mai 2003 pour le Norway. L'une de ses chaudières explose à Miami, causant la mort de 7 marins. Les croisières prévues sont alors annulées. Le paquebot est remorqué en Allemagne et désarmé fin juillet. En 2005, il est acheminé en Malaisie et rebaptisé "Lady Blue" début 2006, le surnom donné au Norway lors de ses croisières dans les Caraïbes.

En août 2006, le France-Norway-Blue Lady est fixé sur son sort : l'Inde accepte de le démanteler. Le paquebot est donc amarré devant la plage d'Alang (photo) pour être démoli. Ces dernières années, de nombreuses voix se sont élevées pour offrir au France un meilleur sort (transformation en hôtel flottant, en musée...) Sans succès. A l'heure actuelle, l'un des fleurons de la construction navale française est en train d'être découpé en Inde.

Le nez du France, ainsi que des hublots, des morceaux de cheminée ou des meubles du bateau mythique, ont été mis aux enchères chez Artcurial en février 2009. En tout, 500 lots ont été proposés à la vente. Preuve de l'attachement des Français au paquebot, le "nez" du bateau a été adjugé 273 200 euros, soit environ deux fois et demi son estimation. La pièce de quatre tonnes, haute de 4,5 mètres, a été acquise par une société qui a un projet immobilier à Deauville. L'étrave du bateau devrait être installée dans un square, face à la mer et au Havre. Un menu pour chien s'est vendu 300 euros, un cendrier 1 000 euros, les maillons de la chaîne de l'ancre 4 100 euros chacun et un lot de deux hublots 3 200 euros...

d'après
l'internaute

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