Faut-il faire confiance à l'hypnothérapie ?

Publié le par bout de chou

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Fixez ce pendule, vos paupières son louuuuuurdes...." C'est ce que vous évoque l'hypnose ? Alors suivez le guide, pour découvrir qu'il peut aussi s'agir d'une vraie thérapie. Avec toutes les précautions que cela exige.

 
 
 
 

Scène de cirque. L'hypnotiseur choisit au hasard un spectateur dans la foule et lui demande de grimper sur scène. Il fait tournoyer un pendule devant ses yeux, articule un charabia incompréhensible. Sa pauvre victime est en transe, dans un état proche du somnambulisme. "Faites le canard", ordonne l'hypnotiseur. Le spectateur s'exécute. "Et maintenant, ôtez votre pantalon." Même chose. Puis "Je vais compter jusqu'à trois et vous allez vous réveiller... 1, 2, 3 !" Le pauvre hypnotisé ouvre les yeux, ramasse, tout penaud, son pantalon et retourne s'asseoir à sa place sous les rires moqueurs. Ca, c'est l'hypnose de spectacle, qui confine au charlatanisme. Il faut s'en méfier dans la mesure où vos besoins et votre intérêt ne sont pas pris en compte dans ce type de spectacle.

 

Vous êtes conscient


Le cabinet de l'hypnothérapeute, le vrai, qui a suivi des études de psychologie avant de se spécialiser, n'a pas grand-chose à voir. Pas de pendule, pas de technique plus ou moins douteuse pour vous "endormir". D'ailleurs, vous êtes conscient pendant toute la séance. Et le thérapeute n'essaie pas de vous piéger. Au contraire, il a défini au préalable ce à quoi vous souhaitez parvenir et il est là pour vous y aider. De même, il ne vous fera rien faire que vous ne souhaitez pas, au fond de vous-même, accomplir.

 

L'hypnothérapie est une science, au même titre que d'autres techniques de soins. Il n'y a là rien de surnaturel ni de magique, au contraire ! D'ailleurs leur cabinet est tout ce qu'il y a de plus sérieux, il ressemble à celui d'un psychothérapeute lambda. Pas de grigris, d'objets qui vous donnent le tournis, encore moins d'encens pour vous donner mal au crâne. Cherchez plutôt les diplômes accrochés au mur, qui vous confirmeront que ce praticien est bien formé pour vous proposer un traitement.

A première vue, on pourrait croire qu'il s'agit de l'une de ces thérapies modernes, en vogue chez les bobos en mal de sensations nouvelles. Détrompez-vous : l'hypnose et l'hypnothérapie existent depuis des lustres, des siècles même. Bien sûr, les techniques ont évolué. Mais cela fait bien longtemps que l'être humain essaie de stimuler son inconscient pour régler les problèmes de sa conscience.

Difficile de dater l'apparition de l'hypnose mais l'on sait que des civilisations aussi vieilles que celles de l'Egypte ancienne tentaient déjà de mettre à profit cet état de transe. Plus tard, dans l'Histoire contemporaine, les hypnotiseurs étaient le plus souvent des médecins ou des psychiatres. Contrairement  à aujourd'hui, où le patient est au cœur de la séance, les médecins d'hier étaient plutôt du genre assis sur leurs certitudes et dirigistes. La discussion et la personnalisation de la thérapie n'étaient pas franchement de mise.

 

Thérapies brèves


L'hypnose moderne doit beaucoup à Milton Erickson. Ce psychiatre américain a révolutionné sa discipline en inventant de nouvelles techniques, notamment des thérapies plus brèves (une ou deux séances), qui consistent à contourner les résistances de l'inconscient pour parvenir au résultat souhaité. L'histoire d'Erickson est digne des plus grandes épopées hollywoodiennes et force le respect. Au départ, on peut dire que le petit Milton n'a pas franchement été gâté par la nature : il est dyslexique et daltonien. Qui plus est, à 17 ans, il contracte la poliomyélite, une grave affection qui peut laisser handicapé à vie. Milton Erickson est d'abord donné mourant puis, après une période de coma, reste paralysé. Personne ne pense qu'il remarchera un jour. Mais l'adolescent découvre le pouvoir de l'auto-suggestion. Il parvient petit à petit à faire  bouger ses muscles. En l'espace de quelques mois, il recouvre toutes ses facultés motrices.

 

Devenu médecin puis psychiatre, Milton Erickson va continuer d'exploiter cette puissance de l'inconscient et de l'auto-suggestion. Il est à l'origine de nombreuses théories et techniques qui régissent aujourd'hui une bonne partie de l'hypnothérapie  moderne.

D'autres médecins et psychothérapeutes bien connus ont utilisé l'hypnose sur leurs patients. Ainsi, le célèbre Sigmund Freud s'en servait pour faire revivre des souvenirs enfouis chez ses patients. Vous connaissez également probablement le Nancéen Emile Coué. La fameuse méthode Coué, c'est lui ! Ou le pouvoir de l'auto-suggestion à son paroxysme. "Je suis de bonne humeur et ma vie est merveilleuse, je suis de bonne humeur et ma vie est merveilleuse, je suis de bonne humeur et ma vie est merveilleuse"... Ca y est, vous voyez de quoi nous voulons parler ?

 

Hypnotiser... Ce simple terme évoque des images toutes plus psychédéliques les unes que les autres. Mais comment, exactement, le praticien fait-il pour aider notre pauvre esprit à retrouver la sérénité ? En fait, il se fraie un chemin jusqu'à notre inconscient, à qui il va parler directement.

 
 
 
 

Petit aparté (très simplifié, n'en déplaise aux puristes) pour mieux comprendre : la conscience se caractérise par notre état de vigilance au quotidien. C'est elle qui nous permet de raisonner, de comprendre les choses que nous voyons, entendons, etc. Lorsque nous sommes pleinement réveillés, nous sommes conscients.  A l'inverse, l'inconscient se compose de souvenirs plus ou moins enfouis, de rêves, d'intuitions, d'émotions... Il se manifeste, entre autres, pendant les périodes de sommeil, sous forme de rêves.

Pour accéder à cet inconscient, l'hypnothérapeute provoque un état de transe. Pas de panique ! Non le patient ne s'effondre pas, pris de convulsions, ses yeux ne sortent pas de ses orbites et il ne se met pas à prononcer des paroles incohérentes. Non, l'état de transe est beaucoup moins spectaculaire et plus anodin que ça. En fait, vous le ressentez tous les jours et même probablement plusieurs fois par jour, sans même vous en rendre compte. L'état de transe désigne tout simplement ce moment où votre attention est totalement focalisée sur un point précis, au point d'en oublier tout ce qui vous entoure. Ce peut être le cas, par exemple, lorsque vous êtes absorbé dans la lecture de votre roman. Le rôle de l'hypnothérapeute est donc de vous aider à vous focaliser sur un point précis, que vous aurez au préalable déterminé ensemble. Plus votre état de transe est profond, plus il sera facile d'accéder à votre inconscient.

Techniques variées


 

Il peut alors utiliser différentes techniques pour parvenir à vos fins. La liste est longue et celle qui suit ne sera donc pas exhaustive.

 La méthode la plus simple est celle de la suggestion, directe ou indirecte. C'est tout simple. Pendant la période de transe, le thérapeute formule une phrase du type "En sortant d'ici, vous n'aurez plus aucune envie de fumer, cela vous répugne." Version indirecte : "Je me demande combien de temps cela va vous prendre pour abandonner la cigarette, qui vous donne mauvaise haleine, mauvaise mine et qui risque de vous provoquer sous peu un cancer, alors que vous respireriez tellement mieux sans tabac. Vos performances sportives s'en trouveraient améliorées." Directe ou indirecte, le praticien choisira notamment en fonction de la personnalité du patient.

 La dissociation est également très utilisée. Elle consiste à "penser" à deux choses à la fois. Cela nous arrive au quotidien, lorsque l'on fait machinalement quelque chose et que notre esprit vagabonde pendant ce temps-là. L'hypnothérapeute va se servir de cet état pour nous faire observer les choses de manière plus objectives : les sentiments et émotions peuvent être laissés de côté pour ne laisser place qu'au côté analytique. Plus facile, alors de régler ses problèmes.

 Les techniques de régression. Elles consistent à vous faire "remonter dans le temps" pour déterrer des souvenirs enfouis. Attention, cette méthode est à utiliser avec précaution. D'abord, parce qu'elle peut faire ressurgir des souvenirs qu'on avait voulu oublier pour de bonnes raisons. Ensuite parce que la mémoire étant ce qu'elle est, elle peut tout à fait faire remonter de "faux" souvenirs, constitués d'une partie de réalité et d'une partie d'imaginaire. Il est même arrivé que certains patients, au terme d'une telle séance, soient persuadés qu'elles avaient été victimes d'inceste, ce qui n'avait finalement pas été le cas.

 L'hypnose métaphore consiste à raconter une histoire qui vous donne le dénouement de votre situation, un peu à l'image des contes pour enfants, qui permettent de faire passer de nombreux messages via des histoires en apparence anodines.

 Le thérapeute peut d'ailleurs se servir de cette capacité à transformer les souvenirs pour en remplacer un mauvais par un bon, afin de vous libérer d'une phobie, par exemple. Rassurez-vous, vous n'aurez pas complètement oublié ce qui vous est arrivé, mais si la thérapie fonctionne, vous n'éprouverez plus les mêmes émotions à l'évocation de ce souvenir. 

Le recours à l'hypnothérapie peut être indiqué dans bon nombre de situations. Voici un petit éventail des pathologies les plus souvent traitées grâce à cette technique.

 

 
 
 
 

 Arrêter de fumer. C'est l'un des must des hypnothérapeutes. Certains proposent même de vous couper toute envie d'en griller une en une seule séance. Attention, il n'y a là rien de miraculeux. La clé de la réussite est avant tout la motivation du patient. Sans cela, il y a toutes les chances pour que vous allumiez une cigarette en sortant de la séance...

 Retrouver le sommeil. Le thérapeute peut utiliser la suggestion directe pour vous aider à vous débarrasser de vos insomnies.

 L'hypnothérapie obtient également de bons résultats dans la lutte contre l'anxiété d'une manière générale. Avec tous les petits maux qui y sont liés de près ou de loin : ongles rongés, bégaiement, stress, crises d'angoisse, troubles obsessionnels compulsifs, etc.

 Vous avez peur du dentiste, des araignées, de prendre l'avion ? L'hypnothérapie est peut-être la solution à votre problème ! Elle obtient effectivement des résultats dans le traitement des diverses phobies.

 Plus surprenant : l'hypnose est également utilisée pour calmer des maux physiques, au premier rang desquels la douleur, notamment lorsqu'elle est chronique. Attention ! Evidemment avant de consulter un hypnothérapeute pour ôter la douleur, il vous faut absolument voir un médecin, afin qu'il déterminer la cause de votre douleur et qu'il vous donne un traitement. C'est seulement à ce moment-là, si le traitement ne suffit pas à calmer, que vous pouvez envisager l'option hypnothérapie. Le thérapeute va alors vous aider à vous détendre et à focaliser votre attention sur autre chose que la douleur, qui pourra alors passer au second plan.

 Beaucoup de pathologies plus ou moins liées au stress trouvent également un certain soulagement avec cette thérapie : eczéma, psoriasis, hypertension, bruxisme, troubles intestinaux... Encore une fois, consultez votre médecin traitant avant toute chose.

 Encore plus étonnant : certains patients qui doivent se faire opérer font appel à l'hypnothérapie en tant qu'anesthésie ! Si si ! Rassurez-vous : elle n'est utilisée que pour de petites interventions et un anesthésiste "classique" est toujours présent au cas où cela ne fonctionnerait pas !

Mauvaise nouvelle : l'hypnothérapie n'est pas une magie. Elle ne guérit donc pas tout, loin de là, ni tout le monde. "On estime qu'environ 80 % des patients sont réceptifs à ce type de thérapie, rapporte le psychologue suisse Yves-Alexandre Thalmann. Bizarrement, cela fonctionne généralement mieux sur ceux qui résistent beaucoup ! Ils sont plus facilement "manipulables"."

 

 
 
 

 En outre, vous ne devez jamais perdre de vue que ce type de pratique soulage certes, mais ne soigne pas. Vous n'allez donc pas "guérir" mais plutôt vous sentir "apaisé".

 Le succès de la thérapie dépend en grande partie de vous, de votre réceptivité et de votre volonté à vous sortir du problème qui vous préoccupe.

 Les effets de l'hypnose peuvent s'estomper. C'est souvent le cas, par exemple, pour l'arrêt du tabagisme. "Les patients sont généralement obligés de revenir au bout de quelques mois", commente Yves-Alexandre Thalmann.

 Quoiqu'il en soit, l'hypnose doit être considérée comme un outil complémentaire, une corde de plus à votre arc pour aller mieux. Il faut toujours consulter en premier un médecin ou un psy pour déterminer l'origine de votre mal et mettre en œuvre une thérapie s'il y a lieu.

Difficile, aujourd'hui encore, de prouver scientifiquement les bénéfices de l'hypnothérapie. Mais elle est de plus en plus utilisée par le personnel médical. Certains hôpitaux proposent des consultations d'hypnothérapie, notamment dans le cadre du traitement de la douleur.

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